La peine capitale... façon chinoise

Publié le par Commission Amnesty

Beaucoup parmi les politiciens, les sociologues et les économistes occidentaux crurent au démantèlement du régime chinois quand en 1989, nombre de manifestations démocratiques prirent leur essor. Mais bien que les années 90 virent l’écroulement de l’Union Soviétique, il s’avéra que le communisme extrémiste garda (et garde aujourd’hui encore) emprise sur la nation chinoise, plus que jamais versée dans cette terreur qu’est la peine capitale.

Si l’on en croit l’enquête menée par un membre de l’Académie des Sciences sociales, près de 10 000 exécutions sont appliquées chaque année, et bien plus encore sont prononcées. Car les condamnés peuvent croupir plus de deux ans dans l’angoisse de leur sanction avant d’être exécutés, et qu’il arrive d’être épargné provisoirement, selon les aléas du régime, pour être finalement frappé par un tout autre verdict. Ces chiffres sont cependant incertains, étant donné qu’ils sont gardés secrets par le gouvernement chinois. Quoi qu’il en soit, la peine de mort est utilisée sans commune mesure.

Historiquement, les exécutions étaient déjà fortement appliquées sous Mao, lequel déclarait avec ambiguïté qu’il était nécessaire de « tuer avec parcimonie » et de « frapper avec assurance, justesse et sans relâche pour supprimer les contre-révolutionnaires ». La paranoïa est une véritable arme utilisée à des fins manipulatrices qui permet de canaliser le potentiel de révolte du peuple en des actions ne faisant que renforcer l’étreinte exercée par le gouvernement.
Bien que le retour de Deng Xiao Ping en 1979 ait vu l’émergence progressive du droit et de la loi, on ne put toujours pas contrôler l’usage de la peine capitale, tout ce qui ayant trait aux exécutions étant classé secret d’état.

Faute de supprimer une pratique répudiée, la Chine s’évertue à trouver le meilleur moyen de tuer : « L’usage de l’injection mortelle est considéré comme plus humaine et devrait remplacer l’exécution par balles » suggère Jiang Xingchang, vice-président de la cour suprême, dans le China Daily. Cette pratique, autorisée depuis 1997, est actuellement utilisée par près de la moitié des 404 tribunaux intermédiaires.
Une tendance mondiale selon laquelle le recours à la peine capitale est en perdition affecte la politique chinoise et, depuis le 1er janvier 2006, la cour suprême s’est vue autoriser un droit de veto dans les condamnations de deuxième instance, ce qui laisserait à penser à un potentiel changement des comportements. Il n’y a cependant pas lieu ici de parler d’une abolition totale, due à la mentalité profondément encrée du « œil pour œil, dent pour dent ! ».

Force est de se demander quand viendra la fin de ces pratiques. Par quel droit reproduit-on les actes reprochés au criminel condamné ? Car même si cela était un facteur suffisant à réduire la criminalité (ce qui n’est pas le cas, des études l’ont démontré), l’exécution ne permet aucune rédemption (pas au sens religieux ici), aucune « amélioration » du coupable et aucune réinsertion de celui-ci dans la société. Qui plus est, sa nature irrévocable ne permet aucune réparation en cas d’éventuelles erreurs judiciaires.
Peut-être, un jour, la Chine se souviendra de ses promesses, et appliquera alors la règle fondamentale et universelle qu’il convient d’adopter pour prétendre à un minimum d’humanité :

« Nul ne peut être condamné à mort, ni exécuté ! »

Gwenaël Laurent 

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